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mercredi 1 octobre 2008

Témoignage et construction de la mémoire collective : étude sociolinguistique du discours biographique des victimes du terrorisme d’Etat en Argentine

Par Atencio, Karina et Insua-Belfer Myrna

In Mémoire et Culture dans le monde luso-hispanophone, Volume II, 2008, pp 151-161.

En Argentine, le terrorisme d’État des années 70 a fait de nombreuses victimes, dont 30.000 disparus pour des raisons politiques et, paradoxalement il a laissé grandir en son sein le mouvement social le plus bouleversant de l’Amérique du Sud : le Mouvement de défense des droits de l’homme qu’intègrent les mères des disparus. Ce Mouvement a été l’acteur principal de la lutte contre la dernière dictature en Argentine. Comme le souligne Alain Touraine1, elle a pris fin en raison de la cassure de l’alliance des militaires au pouvoir, alimentée par la défaite de la Guerre des Iles Malouines, et de l’opposition d’un Mouvement non élitiste, ce dernier commence à se définir autour d’une conception nouvelle des droits de l’homme et réunit toutes les caractéristiques de la désobéissance civile non-armée, non-violente, affirmative et combative.

Ce Mouvement est né dans l’urgence et dans une période politique du pays où la parole était presque le seul moyen possible pour défier la répression et ce, toujours au risque de perdre la vie. Les Mères ont construit leur subjectivité dans ce contexte. À l’époque il fallait apprendre à agir vite. Corps et mots ne faisant qu’un, il fallait crier haut et fort tout ce qui était en train de se passer. Il fallait dénoncer les violations des droits de l’homme et appeler à la solidarité. Mais ces gestes demandent un courage hors du commun ou une folie extraordinaire. Beaucoup des victimes sont restées dans le silence. Et il est également vrai que celles qui ont osé témoigner n’ont pas toujours trouvé les meilleures conditions pour s’exprimer dans l’espace public. Dans ce cadre, les Mères, les folles, ont fait de leur douleur privée un atout public, elles ont écrit des bulletins et ont voyagé à travers le monde au nom de toutes les victimes. Mais principalement, elles ont manifesté dans l’espace public et ont incorporé au répertoire de la nation une action collective très particulière : la marche autour de la Pyramide de la Place de Mai. Depuis vingt neuf ans, tous les jeudis à 15h:30 sans exception, les Mères au foulard blanc parcourent pendant une demi-heure la « place du pouvoir ». Pour cette raison, elles restent encore, pour la société argentine, un symbole éthique et moral.

Or, si cette action dure au fils du temps, le retour à la démocratie constitutionnelle a forcé l’acteur à s’adapter à une nouvelle situation et, bien entendu, à apprendre à communiquer autrement, en prenant en compte l’entrée de nouveaux interlocuteurs dans l’arche de la réception. Certains proches de disparus, à la différence d’autres survivants et de victimes indirectes, essaient de conquérir ce nouvel espace politique, non seulement par leur action, mais également en revalorisant la parole en tant qu’outil mémoriel. Pour cela, l’acteur utilise différentes stratégies discursives, conscient du fait qu’il s’adresse à un public hétérogène, formé plus particulièrement de jeunes. C’est ainsi qu’apparaîtront les premières biographies qui témoignent de la lutte des proches des disparus.

Nous nous sommes intéressées à cette démarche, ainsi qu’au contexte de production du discours des Mères, notamment à la façon d’utiliser la langue. Ensuite, nous avons entrepris notre recherche, afin de mettre en lumière les diverses particularités et logiques qui donnent forme à ces stratégies. Nous sommes parties de l’hypothèse de travail qui soutient que, selon les stratégies discursives choisies par les acteurs, la construction de la mémoire collective peut devenir une mémoire fertile qui cherche à rendre puissante la résistance et qui invite à la solidarité, en dépassant la douleur liée à la disparition de leurs êtres chers. Dans cette étude, nous présenterons les premières notes, résultat encore provisoire d’une analyse qualitative que nous avons menée entre deux histoires de vie de Madres de la Plaza de Mayo racontées à la première personne. En premier lieu, nous abordons le choix de notre corpus. Ensuite, nous commencerons l’analyse globale de l’acteur qui attire notre attention. Finalement nous analysons quelques particularités de leur discours.

Le corpus et son contexte de production

Parmi l’éventail des témoignages disponibles, pour construire notre corpus, nous avons sélectionné deux biographies. Elles ont été écrites avec cinq ans d’écart et à la fin de la Période de Plomb. Une, « Historias de vida » d’Hebe Bonafini est parue en 1985, l’autre « Circulos de amor sobre la muerte » de Matilde Mellibovsky, en 1990. Comme l’annoncent déjà leurs titres, la première se veut porte-parole de l’association des Mères de la Place de Mai à travers la mise en avant de leur leader et la deuxième appartient aux Mères de la Place de Mai-ligne fondatrice. Néanmoins, quelques lignes nous suffisent pour nous apercevoir, que derrière le voile des différences idéologiques et des méthodes, il y a un même objectif chez les Mères : divulguer l’existence des disparus politiques durant la dernière dictature civique-militaire, revendiquer leur mémoire et dénoncer l’impunité des crimes contre l’humanité qui ont été commis par les forces répressives. Plus encore, chacune à sa manière, toutes deux revendiquent l’ « aparición con vida » des disparus. C’est à dire que les Mères nient la possibilité de déclarer elles-mêmes que leurs enfants sont morts. Au contraire, elles exigent que les responsables expliquent comment et pourquoi ils ont séquestré les disparus et ce qu’ils ont fait d’eux. Chaque organisation représente un style d’action unique, nécessairement lié à l’identité qu’elles ont construite tout au long de ces années. Or, ces styles, radicaux dans le cas de l’Association, plus contenu dans l’autre, se distinguent-ils également lorsqu’elles agissent principalement par le moyen de la parole ? Et, en supposant que ce soit le cas, est-ce qu’elles se différencient par le contenu de leurs paroles, par la forme dans laquelle elles s’expriment ou par la réaction qu’elles veulent provoquer chez le lecteur ? Voyons d’abord quelles sont les pistes qui ressortent du corpus, lorsque nous analysons globalement chaque texte. 

Mélange de faits historiques datés par des faits familiers et de souvenirs divers, le texte de Hebe de Bonafini répond à la forme traditionnelle de la biographie de quelqu’un « de la rue » que la vie à exposé à des situations limites et extraordinaires. Mais, dès le début de la lecture des 240 pages de ce livre, on sait que Bonafini n’est pas « quelqu’un comme les autres ». Elle est à la fois une mère et toutes les autres. Sans se voir confrontée au problème de la vérité de son témoignage, comme cela a été le cas du livre de Rigoberta Menchu quelques années plus tard, la biographie de Bonafini prétend montrer le parcours du collectif, sans laisser de côté sa propre et particulière expérience. En effet, la première requête des Mères trouve sa place à la fin du livre, seulement une page après la lettre écrite en captivité par son fils Raul.

Ce livre n’est qu’un exemple entre mille parmi les cris des Mères, il a été écrit juste aux débuts de la démocratie et l’espoir faisait encore totalement partie des sentiments collectifs de la société argentine. Dans ce livre, l’auteur se dévoile et reconnaît « qu’il y aura toujours plus d’histoires à être racontées. « Tout livre de vie (sic) est obligatoirement partiel ; il y a des choses que je ne me sais pas dit à moi-même »2

« Circulos de amor sobre la muerte » est certainement un livre atypique. Matilde Mellibovsky, l’auteur, s’éloigne des normes dites de la biographie classique et s’autorise le croisement vertigineux de styles et de personnages, à propos desquels on ne dispose que de peu -ou très peu- d’information. Ici, témoignages, poèmes et narration historique se mélangent. Chaque partie s’ouvre sur un petit résumé du contexte politique du pays qui entretient une relation avec les témoignages qui vont suivre. Mais cela se passe rarement de cette manière. Chaque personne invitée à raconter son témoignage met en évidence qu’elle est la propriétaire de sa parole, et, décide, donc, de la forme de son récit, en établit les limites. Pour cette raison, le seul fil conducteur est finalement le début de chaque chapitre par l’auteur – compilateur. Auteur qu’on découvre dans les premières pages, que l’on perd plus tard au profit d’un narrateur tantôt intra-, tantôt extradiégétique, et que l’on retrouve dans toute sa dimension a la fin des leurs 258 pages.

« Historias de vida », est un texte sans autres prétentions que celle de présenter un personnage unique et multiple Hebe Pastor de Bonafini, Mère de disparus et présidente de l’Association des Mères de la Place de Mai. On y trouve ce qu’on est venu chercher et peut-être plus encore. En revanche, le livre de Melibovsky se présente comme un livre destiné aux plus jeunes générations : de là, l’impératif de la contextualisation de chacun des témoignages. Or, appréciations et faits sont présentés sur un même plan, à la lumière de l’échelle de valeurs construite par l’organisation des Mères de la Place de Mai - ligne fondatrice. Ainsi, il faut un lecteur sérieusement averti pour faire cette distinction. Mais, on s’aperçoit rapidement que l’intérêt de Melivobsky est ailleurs. Le récepteur de « Circulos de amor sobre la muerte » est un récepteur informé, car le premier et véritable destinataire, ce sont les Mères elles-mêmes. L’auteur n’a pas la prétention de rétablir une vérité historique – et ici elle rejoint le genre biographique-. Au contraire, elle fait de son texte un moyen pour rendre hommage à l’organisation, à leurs enfants qui sont restés en vie, parfois loin du pays, et à leurs enfants détenus-disparus. Et cela entretient un rapport direct avec l’actualité d’alors, en Argentine : on est en 1990, les lois d’impunité ont libéré les tortionnaires, le Mouvement s’essouffle…Il fallait trouver à nouveau le courage de rester dans la rue. Il est possible que cinq années plus tard, le texte de Bonafini eût présenté d’autres caractéristiques.

Ceci dit, retournons-nous, à nouveau, sur ce que les deux organisations ont en commun : que cherchent-elles d’autre lorsqu’elles parlent ? Pourquoi cette nécessité flagrante de transmettre l’importance de la lutte, de la faire connaître ?

Las Madres de la Plaza de Mayo : comment utilisent- elles la langue ?

Me atoraba con las palabras ; tenía tanto para contar, tantas emociones, tantos sufrimientos. Mandé la sintaxis a la mierda, hasta que por suerte, alguién me dijo : « ¡Pará, loca, así nadie va entender nada ! Yo le contesté « damé una mano para ordenar mis palabras, de acuerdo a la sintaxis, pero no me quites ni me agregues ninguna »3.

La mise en pratique de la langue par les Mêres nous laisse entrevoir tout l’univers de leurs identités collectives et individuelles ainsi que toute leur autorité en tant qu’énonciateurs, au moment de choisir la rhétorique, la syntaxe, le lexique. L’habitus linguistique ou tendance à dire des choses, et la capacité de parler, ou capacité d’engendrer des discours4 se développent parallèlement à leurs actions dans l’espace public.

Au premier regard, leur énonciation se caractérise par la spontanéité, parfois observée dans le récit oral. Si les histoires réelles sont retranscrites dans un discours écrit, avec très peu, ou sans transformations d’ordre linguistique c’est parce que l’emploi du style informel fait partie de leur projet discursif. Il s’agit d’un choix conscient et d’un procédé linguistique qui met en avant leur volonté et leur décision de communiquer dans le langage du peuple et de déterminer la façon dont leur message doit être entendu, compris et assimilé sans difficulté.

Nous retrouvons dans leurs écrits plusieurs stratégies discursives : des discours rapportés, des phrases relevant du registre informel, des gros mots. Tous ces éléments linguistiques libèrent ou expriment directement l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle5, ils révèlent le pouvoir que les Mères ont pour s’affirmer face à autrui. Nous constatons ainsi que le registre informel et d’autres procédés linguistiques incident également sur l’efficacité de leur discours dans la construction de l’identité et de la mémoire collective. Grâce à ces stratégies discursives, les similitudes du groupe passent au premier plan6 et l’identité revendicatrice des Mères se réaffirme.

Dans leur discours, on remarque que, à part la fonction référentielle de chaque énoncé, les Mères font appel, de façon prédominante, à deux fonctions du langage : la fonction expressive et la fonction d’incitation.

La fonction expressive du langage leur permet de montrer des perceptions, des émotions et des pensées, à travers des propositions (énoncés) contenant des processus mentaux7 que relèvent généralement du rapport entre elles et la société à la fois en tant qu’êtres dans toute leur singularité et que partie intégrante d’un collectif plus large:

« creo que como ciudadana tengo el mínimo derecho de encontrar a mi hijo, señor»8
« quiero escribir este libro para que las próximas generaciones tengan una imagen muy fiel de lo que pasó»9
« para que sepan cómo sentimos y cómo vivimos esta parte de la historia argentina que atravesó nuestra familia para siempre »10
« toda mi vida se volvió un continuo caminar, buscar y preguntar…y cuando caminaba sola por la calle y veía las caras de toda la gente, tan indiferentes a mi desgracia, me parecían tan lejanos de lo que me pasaba que yo me preguntaba cómo podía vivir toda esa gente y ser feliz . ¿No saben que han secuestrado a tantos chicos ? »11

Les verbes de processus mentaux permettent aux Mères l’expression de leurs inquiétudes, leur haine, leur souffrance et leurs sentiments de solidarité. les Mères montrent ce que, en termes linguistiques, Halliday appellerait le metaphenomenon de l’énoncé, où le verbe permet à l’énonciateur de localiser, de projeter dans le monde extérieur ce qui se passe en lui. Dans leurs témoignages et leurs procédés linguistiques, les Mères ne cherchent pas à mettre l’accent sur le senser (le sujet conscient qui expérimente le processus du verbe) mais sur le metaphenomenon -le fait- qui est vu, senti et pensé collectivement, car il s’agit des metaphenomena qui ont des dénominateurs communs dans d’innombrables témoignages. Dans les exemples précédents, le metaphenomenon est l’inquiétude ressentie par les Mères face à la méconnaissance, l’indifférence des autres.

L’énonciation de les Mères est également un discours d’incitation. D’une part, les Mères exigent justice et punition, et d’autre part, elles appellent le peuple au réveil et cherchent à provoquer un changement de comportement. les Mères essaient de divulguer, à tout prix, les injustices commises par la dictature, et parfois, justifiées par certains membres de la population qui croient que les disparus sont tous des subversifs. Pendant la dictature, elles publient dans les journaux des Solicitadas, Habeas Corpus. Elles créent également leurs propres stratégies pour faire part à la population des disparitions, par l’intermédiaire, entre autre, du billete panfleto12 ; dans la région de la Plata, les Mères écrivent sur les billets de 100 pesos des Habeas Corpus et les mettent en circulation avec la plus grande précaution. Dans un premier temps, elles réussissent ainsi à attirer l’attention : on parle des billetes misteriosos, et  Hebe Bonafini raconte que les gens en possession de tels billets s’en débarrassaient très vite par peur d’être assimilés à ce mouvement ; une telle attitude accélère ainsi la circulation de ces coupures et garantit le succès de l’opération Billetes Panfletos13

Le discours des Mères est également caractérisé d’incitatif, car il se sert de la requête - demande d’un dire, demande d’un faire- dans leur énonciation. À travers cet acte du langage, les Mères demandent au gouvernement militaire de rendre des comptes sur la question des disparus. La requête des Mères a comme point fort son caractère direct, elle ne met en oeuvre aucun procédé de mitigation, d’insinuation. Les Mères ne se servent pas de formulations telles que : l’emploi de conditionnels, l’imparfait, les « minimisateurs », les formes de politesse, etc., pour adoucir leur demande. Ces requêtes prennent la forme d’une assertion. Selon la linguiste Kerbrat-Orecchionni, certaines requêtes, qui prennent la forme d’un énoncé assertif, « peuvent avoir des allures fort autoritaires méritant à ce titre d’être considérées comme des ordres »14 C’est les cas de ces exemples tirés des biographies où l’on retrouve des assertions du type « je veux, nous voulons » :

« quiero justicia »15
« con vida los llevaron, con vida los queremos »16
« queremos nuestros hijos que digan dónde están »17
« vamos a obligar a hablar con el rostro inmóvil : no queremos que ratifique nada, queremos que confiesen »18
« yo quiero los huesos pero los huesos que sepan, que me digan : yo lo maté o yo lo quemé o yo lo carbonicé, pero que me digan»19

L’affirmation du souhait exprimé par le verbe  vouloir, se présente de façon réitérative dans les requêtes des Mères, et, parfois, ce souhait est formulé de manière plus abrupte, avec des tournures elliptiques ou avec l’impératif :

«libertad, libertad y los desaparecidos que digan dónde están »20
« no al punto final, no a la impunidad »21
« juicio y castigo a todos los culpables »22
« no olvidaremos,  no perdonaremos»23

Nous pouvons constater que certains procédés linguistiques ont été fixés d’avance, par exemple : 1) l’emploi d’un registre informel, lequel exprime la volonté de déterminer la manière dont leur message doit être pris, compris. Le choix de ce registre révèle également l’autorité qu’elles sont sur leur discours ; 2) l’emploi de la fonction d’incitation du langage, laquelle prend la forme des formules abruptes et directes. Elles utilisent des consignas courtes qui ont une tonalité de demande et de dénonciation et qui permettent également d’expliciter leur souhaits.

La Lutte en Gérondif

La lutte menée par les Mères est constante et progressive. Même, si la dictature en Argentine s’est terminée, la disparition des proches, elle, subsiste. L’action des Mères quant à elle, est entamée et non achevée, dans l’espace public. Quelles sont les formes linguistiques, verbales, qui montrent la continuité de l’action  des Mères ? Ne serait-ce pas le gérondif, la forme impersonnelle du verbe qui garantirait la persévérance, la pérennité dans le discours des Mères? Si elles se servent, en effet, de diverses ressources linguistiques qui rendent leur discours efficace dans la construction de la mémoire et l’identité collective, la force communicative du gérondif n’est pas à négliger. Il montre une action définie par l’aspect24. Le gérondif nous annonce qu’une partie de l’action est faite et que le reste de l’action est encore à mener.25

Le gérondif du verbe prend différentes valeurs dans le discours des Mères : la valeur de manière, de simultanéité, de condition et de continuité :

a. L’emploi du gérondif dans les textes de Mères nous renvoie à la manière dont les actions sont faites. Il présente un caractère explicatif par rapport à l’action principale, comme dans les exemples suivants :

« Hice el libro así : gimiendo, llorando, soñando, ay de mí (Alfonsina Stormi)»26

Dans cet exemple, le locuteur-énonciateur présente l’action : hice el libro (écrire le livre). Il continue, ensuite, l’énoncé avec un texte de la poétesse moderniste Alfonsina Stormi. Cette proposition intertextuelle contient les actions parallèles ou explicatives : gimiendo, llorando, soñando27 qui déterminent l’une des manières dont l’action principale est accomplie. Les verbes indiquant les actions parallèles, Gemir, Llorar, Soñar, présentent des processus mentaux, qui dévoilent le metaphenomenon de la souffrance.

b. Dans leur lutte, les Mères accomplissent différentes actions et, grâce à l’emploi du gérondif, nous remarquons la simultanéité ou l’accomplissement parallèle de cette multiplicité d’actions :

« Miles de ausencias manifestaban exigiendo justicia. Miles de mujeres y hombres y pibes y los recién nacidos y los aún no nacidos, ferozmente erguidos, acusando a los torturadores, a los asesinos, a los corruptos »28

Dans cet exemple, le gérondif des verbes exigir et acusar donne également des explications ou des nuances spécifiques à l’action principale. À travers l’action publique, les Mères cherchent à imposer leur volonté formellement en signalant du doigt les terroristes d’état.

c. Le gérondif, dans le discours des Mères peut aussi indiquer les conditions nécessaires pour obtenir des résultats dans leurs actions collectives :

«caminando veinticuatro horas seguidas seguramente íbamos a tener por fin algunas respuestas sobre el destino de nuestros hijos »29

«hay una regla tácita entre nosotras: el mejor homenaje a una hermana y amiga de la Plaza que ya no está es renovar nuestros bríos para que no se detenga la ronda. Marchando, reclamando, o como lo intento hacer ahora, comunicando »30

d. Le discours des Madres évoque une lutte, en partie accomplie, en partie à poursuivre. La nuance de la continuité de l’action des Mères est évoquée par l’emploi de la périphrase verbale : seguir +gérondif. Les Mères continuent à lutter car l’injustice demeure : les délits sont encore impunis et ces délits ont été au point d’être justifiés par la loi la de Obediencia debida et la loi de Punto Final en 1986, cependant, ces lois on été annulées en 2005 par la Cour Suprême de justice argentine.

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lundi 1 octobre 2007

Stratégies du discours anti-autoritaire dans les chansons de Benedetti : Un discours de l’autre cote du miroir

Par Atencio Karina et  Alburquerque Luis

In Le discours autoritaire en Amérique Latine de 1970 à nos jours. Presses Universitaire de Rennes, 2007 pp 121-133.

Lien disponible : http://www.pur-editions.fr/couvertures/1220955199_doc.pdf

1. Introduction

En 1976, Mario Benedetti s’exile à Cuba. La même année, un disque contenant trois textes du poète va paraître. Il s’agit de l’album, de Claudia et Alberto Gambino, qui aura pour titre Quiero decir tu nombre, libertad. Les noms de ces trois compositions «  Decir que no », « Vamos juntos », et « Hombre que mira a su país » évoquent eux-mêmes la ligne thématique de l’œuvre de cet auteur uruguayen. Nous nous appuyons sur une partie de l’œuvre de Benedetti: ses chansons. La chanson est souvent considérée comme un genre mineur, cependant, elle est une référence incontournable pour comprendre la trajectoire de la vie et de la production littéraire de cet écrivain. Dans ce travail, nous formulons des hypothèses sur les stratégies discursives employées pour faire face aux tactiques de désinformation et de propagande que l’on peut constater dans le discours des gouvernements autoritaires.

Les dictatures hispano-américaines, particulièrement celles des années 70, vont avoir un écho important dans la société contemporaine. En 1973, Allende est assassiné et Pinochet s’empare du pouvoir au Chili. En 1976, un coup d’état secoue l’Argentine et ouvre la période de la dictature du Général Videla. De façon analogue, la situation n’est pas meilleure en Uruguay qui avait cessé d’être appelé « la  Suisse d’Amérique »1. En 1971, les forces armées uruguayennes remplacent la Garde Métropolitaine, et un processus commence alors, il débouchera dans « l’auto putsch2 » de 1973. Le 1er janvier 1974, la période d’exile de Benedetti commence, il ne reviendra plus en Uruguay jusqu’en 1985, c’est à dire, après le retour de la démocratie.

La dictature ne fera pas taire la voix de l’écrivain uruguayen. Au contraire, les caractéristiques, déjà aperçues dans son oeuvre, seront ratifiées par une nouvelle nuance, celle de l’urgence. L’œuvre de Benedetti se caractérise par sa vocation communicative et son engagement avec le lecteur d’aujourd’hui. C’est pourquoi son style est accessible et sans nuire à la rigueur artistique exigée par le processus littéraire. A ce propos, le journaliste Mario Paoletti évoque le problème que doit affronter la littérature engagée et pour l’illustrer, il cite également Mario Benedetti qui affirme le besoin de faire une littérature d’urgence ( Paoletti, ibid.: 133-134):

Es la obra de esta época la que más enemigos literarios habrá de deparar a Mario. Apoyándose en estos textos casuales, algunos de ellos, los que menos lo quieren (aunque las verdaderas razones no sean literarias tratarán de invalidar la totalidad de su producción acusándole de algunos delitos de lesa literatura: obviedad, efectismo, ideologismo. […] . Él no quiere escribir panfleto sino literatura pero literatura de emergencia; ‘es decir, directamente motivada por la coyuntura y también claramente destinada a desempeñar una función social y política, pero no como panfleto sino como literatura. Y si cualquiera de estos textos no alcanza a cumplir con ella, no pasará automáticamente a ser un buen panfleto sino más bien un producto literario malogrado.

Cette nouvelle nuance d’urgence rend ce moment particulièrement fertile pour Mario Benedetti, au niveau de la rédaction de paroles pour des chansons. À Buenos Aires, la période de son premier exile suppose, en effet, l’affirmation de l’auteur en tant que parolier, grâce aux versions de Nacha Guevara et Alberto Favero (Paoletti, ibid.: 167) Pourquoi cette étape apparaît –elle comme un moment hautement productif dans la création de chanson ? Caballero Bonald souligne que les raisons seraient les suivantes « atteindre une grande popularité »,  divulguer « un programme intime et révolutionnaire de luttes pour la liberté » (Bonald, 1983 : 15). De même, Ricardo Molina signale que la poésie du XXème siècle a une aspiration communautaire (Molina, 1971 : 288), ce qui peut expliquer la collaboration étroite qui se produit entre les poètes et les chanteurs du XXème siècle. En effet, bien que la poésie du XXème siècle ait une aspiration communautaire, la lecture –au sens de la compréhension-continue à être un acte individuel et varie selon le récepteur. En ce qui concerne la chanson, le phénomène est quelque peu différent : la musique agit d’une façon particulière sur notre oreille, et même si le récepteur ne possède pas de connaissances musicales, il pourra accompagner la mélodie, et, cette participation permet à grand nombre de voix de s’unir pour n’en former qu’une seule (Alburquerque, 2005). Finalement, il ne faut pas négliger sa dimension pédagogique (Torrego, 1999).

2. Vers une definition du discours autoritaire et discours anti-autoritaire

Le discours est un mode d’expression qui consiste à mettre en action le langage ou les différents codes de communication (Van Dijk, 1985). De même, il est un véhicule par lequel les énoncés vont exprimer le pouvoir, la pensée et les connaissances des êtres humains. Le discours, étudié à partir d’une optique sociolinguistique, révèle un ensemble de voix faisant partie de la mentalité collective. Il est une convention sociale se servant des accords entre certains individus pour rendre naturel, légitimer une réalité déterminée. Dans le discours social, il est possible de produire et de reproduire un objet en suivant les idéologies propres à une société ou à un groupe. Ainsi, le discours devient une source de persuasion à travers laquelle les groupes sociaux cherchent à communiquer, et parfois, à imposer leur vision du monde, de l’objet, de la réalité sociale en question.

Si le discours est la pratique systématique qui sert à construire un objet, une réalité qui va être ensuite reproduite par le parler des gens (Foucault, 1972 : 49) et si l’autoritaire détermine le pouvoir exercé par une entité qui a beaucoup ou trop d’autorité et qui, peut- être, n’a pas été autorisée à faire usage de cette puissance, on pourrait, donc, définir le discours autoritaire comme la pratique qui cherche à reproduire une réalité dans laquelle le pouvoir est détenu uniquement et exclusivement par un /des individu(s) autoritaire(s). Le discours autoritaire peut être associé au discours d’un gouvernement dictatorial, d’un gouvernement autocrate,... et il est en grande partie diffusée par les médias (Balbás R,  2004) :

Cada medio de comunicación se apoya en la elaboración de un discurso autoritario que organiza sus formas y sus contenidos como "interpretaciones válidas" de la realidad, mientras margina de forma o excluye interpretaciones alternativas. Existe un sistema de presencias y ausencias que reflejan el interés de los grupos de oposición para crear e imponer un sistema de significados, en el cual sólo privilegian ciertas visiones del mundo -su mundo- sobre otras, centrando la atención sobre ciertos temas y presentarlos como válidos y viables para sus fines políticos [...] Visiones, que son ejemplo de simbolizaciones que buscan propagar determinadas ideas, mediadas por los comunicadores sociales, y provocar unos efectos determinados en los públicos que las reciben.

Le discours autoritaire se présente comme persuasif, manipulateur, menaçant et cherche à susciter dans son auditoire une passion pour un projet. Les stratégies discursives du discours autoritaire sont semblables ou apparentées à celles du discours politique qui est « porteur de mythes, de symboles ou d’imaginaires […] ; des images fortes susceptibles d’entraîner une adhésion pulsionnelle » (Charaudeau, 2005 : 60).

Les stratégies discursives les plus fréquentes dans les discours autoritaires consistent à dépeindre positivement le projet des groupes autoritaires, et négativement celui de l’opposition. A ce propos, Van Dijk propose dans sa théorie sur les idéologies, les Ideologies Squares, qui sont des modèles mentaux, des tactiques, des structures discursives utilisés pour émettre des opinions et des idéologies. Ces structures sont observables dans le discours à travers l’emploi de la grammaire et du lexique, et elles :

(i) mettent en relief les bonnes actions et les qualités de l’endogroupe ainsi que les mauvaises actions et les défauts de l’exogroupe,

(ii) mitigent les mauvaises actions et les défauts de l’endogroupe ainsi que les bonnes actions et les qualités de l’exogroupe.

En ce qui concerne le discours anti-autoritaire, il peut être défini comme la pratique qui sert à déconstruire la réalité proposée par le discours des systèmes autoritaires. D’une part, il dénonce la cohésion, l’imposition d’un ordre appelé démocratique, neutre ou naturel, par les individus autoritaires, allant même jusqu’à l’affrontement direct. D’autre part, ce discours anti-autoritaire incite les opprimés à faire face à leurs craintes sociales, il les invite à la lutte, en faisant apparaître le profil d’un « révolutionnaire ».

3. Strategies du discours anti-autoritaire dans les chansons  de Benedetti 

Le discours autoritaire de l’autre côté du miroir révèle l’existence de son contre- discours. Avec son engagement, son militantisme, son œuvre, Mario Benedetti contribue à la diffusion d’un discours anti-autoritaire, dont le reflet déforme les stratégies discursives des oppresseurs. Son discours dénonce le régime politique dictatorial dans la région du  Rio de la Plata  et se présente comme une alternative à ce statu quo.

Pour l’étude de ce discours anti-autoritaire, nous analysons des compositions extraites de l’œuvre, Canciones del más acá publiée en 1989. Cet ouvrage recueille les paroles écrites et adaptées par Benedetti, pour être ensuite chantées3. Parmi les chansons, nous choisissons celles qui, pour leur thématique et leur période d’édition, illustrent le mieux la situation politique hispano-américaine dans les années 70.

Dans cette section de notre article, nous présentons les topoi qui caractérisent le discours anti-autoritaire de Benedetti, puis la façon dont Benedetti se sert de la langue pour formuler ses énoncés ; énonciation d’où l’on extrait des caractéristiques linguistiques du discours anti-autoritaire.

Topoi du discours anti-autoritaire :

Au début de son oeuvre, le poète Mario Benedetti se concentre sur les problématiques liées à la bureaucratie. Son livre Poemas de la oficina ,  publié en 1956, illustre cette thématique. En guise d’exemple, Le poème « El nuevo » commence, tout d’abord, par décrire le nouvel employé, encore plein d’illusions, puis, dans un deuxième moment, il va dessiner le futur de cet employé, peu à peu usé, affaibli, amoindri par le monde du travail. Ce poème montre ainsi l’évolution et le contraste entre une jeunesse et ses rêves et une vieillesse et ses frustrations. De plus, l’évolution de cet employé peut être mise en relation, d’une façon allégorique, avec celle de l’Uruguay, qui n’est plus « la Suisse d’Amérique », puisqu’il traverse une profonde crise économique, conséquence de l’inflation de 1955.
La thématique présente dans l’œuvre de Benedetti révèle également la connaissance qu’a l’auteur de la classe moyenne uruguayenne et son attitude critique envers elle. A ce propos, Alemani Carmen, directrice du Centre d’études Latino-Américaines Mario Benedetti à Alicante, affirme que :

Lo fundamental de la primera etapa [de Benedetti] fue la crítica social de su país y sus habitantes desde la ética y la razón moral, pero siempre con tintes pesimistas. En cambio, la segunda fase de su obra se caracterizará por la politización de su pensamiento, de su literatura y por la búsqueda de horizontes más amplios: el optimismo se impondrá con fuerza en sus escritos. (Alemani, 2000: 30)

De cette façon, l’incorporation des problématiques propres à l’Amérique latine ayant eu lieu dans les années soixante, elle permet à Benedetti de s’opposer, à travers ses écrits, à l’interventionnisme états-unien en Amérique Latine, d’appuyer la révolution cubaine en la proposant comme modèle alternatif. Ainsi, l’utopie, la liberté, la justice commencent à se frayer un chemin dans son œuvre et vont situer Benedetti dans les aires du discours anti-autoritaire. Ainsi, l’idéalisme de Benedetti cesse d’être une théorie hypothétique car il rentre dans un univers plus pragmatique. A partir de son œuvre, il souligne le rôle de l’intellectuel latino-américain et l’engagement nécessaire dans le contexte latino-américain, il mentionne ainsi que :

El hecho de que hoy todos estemos haciendo un arte de emergencia: canciones o afiches, fábulas o panfletos, no significa que consideremos que éstas sean las formas más depuradas o más profundas. Simplemente aportamos nuestras herramientas, aportamos lo que creemos puede servir, puede contribuir en alguna medida a que el impulso revolucionario se haga –como canta Daniel- « Pueblo de voces, aire desatado […] cuando hacemos este arte urgente, acaso transitorio, provisional, no se piense que somos sectarios o esquemáticos, capaces de negar o descartar la significación y el disfrute de aquel otro arte mayor. Somos sencillamente militantes, y como militantes tenemos nuestras prioridades; como militantes tratamos de decir nuestras convicciones con honestidad, con calidad y con modestia ( Benedetti, 1974 :54 ).  

Comme Benedetti le mentionne, la chanson d’auteur ou arte de emergencia devient l’instrument privilégié de diffusion des idéologies révolutionnaires ou d’un discours anti-autoritaire qui ne parle plus de «chevrettes, gazelles, coquelicots, madrépores, et parfois d’une faune et d’une flore que l’on retrouve seulement au jardin botanique et au zoo »4 (Benedetti, 1969 : 121), au contraire, la thématique se recentre sur la revendication des droits civils négligés par les dictatures des années 70, elle parle, donc, de racisme, d’individualisme, de capitalisme,… Elle permettra à Benedetti d’exprimer sa préoccupation pour le comportement et le futur de l’homme (Alemani, ibid, : 60-61). L’œuvre de Benedetti se nourrit de la « réalité », c’est-à-dire, de la situation politique et sociale du moment qui l’entoure, et il aspire à provoquer des changements.

Il est possible de constater que la réalité influe sur la thématique de la pratique littéraire, et en même temps, l’on peut retrouver le processus à l’inverse : la littérature influe sur la thématique de la réalité ; on voit ainsi s’accomplir le rôle de l’intellectuel latino-américain chez Benedetti. Un exemple de cette interrelation entre littérature et réalité serait le fait que le Sous-Commandant Marcos ait choisi ce prénom, qu’il fait le sien, en hommage à un personnage du roman El cumpleaños de Juan Angel, dénommé Marcos. Le Sous-Commandant en parle d’ailleurs à Eduardo Galeano dans une lettre publique, le 2 mai 1995 (Paoletti, ibid. : 155).

La langue et la construction de l’objet « discours anti-autoritaire »

Dans cette section, nous allons observer la manière par laquelle Benedetti met en fonctionnement la langue, c’est-à-dire son énonciation5. Nous essayons d’analyser les procédés linguistiques6 utilisés pour construire le contre-discours .Pour des raisons d’espace dans cet article, nous limiterons notre analyse à deux stratégies :
  • l’hétérogénéité d’éléments discursifs chez Benedetti : il se sert de ressources telles que l’emploi de proverbes, de paraphrases, de citations, de guillemets, de variations linguistiques, …pour laisser intervenir d’autres voix qui disqualifient, ridiculisent et défient l’ennemi,
  • et le signe linguiste arbitraire chez Benedetti : il se permet de démunir les mots de leur sens pour construire son discours.

L’hétérogénéité des éléments discursifs chez Benedetti:

Une partie de l’énonciation de Benedetti se caractérise par son hétérogénéité. L’auteur construit son propre discours en se servant des outils qu’il enchâsse et amalgame, afin de faire ressentir plusieurs voix. Mais, quelles sont les voix que Benedetti inscrit dans son énonciation polyphonique ? Quelles ressources linguistiques utilise-t-il pour marquer une telle hétérogénéité  ? Pourquoi les utilise-t-il ?
Il reprend des maximes d’emploi populaire «  rapportables à des sources d’énonciation différentes [et qui montrent] la possibilité qu’offre la langue d’inscrire plusieurs « voix » dans la même énonciation » ( Maingueneau, 1991:127). Le discours anti-autoritaire chez Benedetti dévoile l’existence de voix porteuses d’autres visions du monde, elles se révèlent alternatives et défient les systèmes autoritaires.
Benedetti utilise des proverbes, des locutions usuelles qui permettent la transmission de la parole d’autrui. Cette parole est connue de la collectivité et peut fonctionner comme un simple slogan. Chez Benedetti, l’emploi des maximes ne s’adresse pas à un destinataire isolé qui s’identifie et décode le message, mais à un destinataire qui fait partie d’une collectivité. Benedetti construit son discours avec le langage du peuple, d’une part pour marquer son appartenance à ce peuple, et, d’autre part, pour transgresser parfois l’intangibilité de ces énoncés, car il les transforme dans le but d’être contestataire et de reproduire la révolution qu’il cherche, dans le monde de la langue.

Pour illustrer notre propos, nous avons choisi les énoncés suivants:

1. « El mango vayan soltando / ya no existe la sartén » ( Poème : « Cielo del 69 ») : Cet énoncé est la transformation de la locution Tener la sartén por el mango . Benedetti reformule la locution pour demander un changement dans la gestion du pouvoir en Uruguay. Tout en le défiant, il ordonne au gouvernement militaire d’abandonner le contrôle d’un pays qui n’existe guère plus, à cause de leurs actions. Un autre exemple, qui retentit comme un avertissement, c’est l’énoncé suivant : «si la violencia va y vuelve / no se me queje después» (Poème : « Las palabras »), qui pourrait aussi être considéré comme une transformation de la locution proverbiale Quién siembra vientos recoge tempestades .

Dans ces deux énoncés, on retrouve l’emploi d’un vouvoiement qui ne correspond pas exclusivement à un usage de politesse. Il utilise un vous pour viser sa cible qui peut être tout aussi bien un interlocuteur pluriel ( le gouvernement militaire dans sa totalité) que singulier. De même, l’emploi de ce vous peut correspondre à un procédé d’agression (Charaudeau 1992 : 154 ) par lequel, Benedetti, en tant qu’énonciateur, feint de créer une distance pour produire un effet méprisant.

Dans ces deux énoncés, les transformations des locutions sont de simples paraphrases, en effet, les propositions benedettiennes gardent le même sens que ces dictons populaires. Il fait des jeux de mots avec ces locutions fixes, et en les altérant, étant donné que la langue est un reflet de la société, il présente la possibilité de la construction d’une nouvelle réalité sociale. D’autres exemples semblables, extraits du poème « Vamos Juntos » : «Con tu puedo y con mi quiero / vamos juntos compañero» et « Para gozar el mañana / hay que pelear el ahora». Ces énoncés résultent de la transformation des locutions Querer es poder  et  No dejes para mañana lo que puedes hacer hoy .
2. Benedetti réutilise, à nouveau, une phrase du registre populaire, Dios te ampare y te favorezca , en l’utilisant dans un poème qui parle de la représentation d’un tortionnaire , il la modifie en «  Dios te ampare / o mejor / Dios te reviente » ( Poème : « Toturador y espejo »).

La langue agit comme véhicule des idées, et en transformant cet énoncé, Benedetti incite le peuple à changer de comportement : passer d’une position de tolérance (évoquée par le terme amparar dans son acception la plus religieuse) à un rejet catégorique, même agressif (agression évoquée par le terme reventar ). Les connotations morales attribuées aux verbes Amparar et  Favorecer de la locution Dios te ampare y te favorezca  sont inversées dans le texte de Benedetti, dans le but de dénoncer l’impardonnable : la torture dont on parle dans ce poème.

Dans cet énoncé, on remarque que Benedetti, au moment de transformer les dictons populaires, crée un jeu d’opposition au niveau sémantique. Il cherche, dans l’axe paradigmatique, des antonymes qui changent radicalement les sens de l’énoncé. Ainsi, Benedetti se sert d’une opposition binaire (antonymie ) où l’un des termes, pour se constituer sémantiquement, a besoin de l’autre (Charaudeau, 1992 :54) .

Dans l’exemple « para bien o para mal  /  para mal o para bien » ( Poème : « El triunfo de los muchachos »), on remarque, également, l’emploi d’une antonymie comme procédé discursif. Dans le poème « El triunfo de los muchachos », la locution  para bien o para mal  signifie que l’on accepte les conséquences des actes ou des actions, même si elles ont des répercussions négatives. Néanmoins, Benedetti, en inversant les termes : mal par bien, dans le vers « para mal o para bien »,  souligne la possibilité d’atteindre des résultats positifs dans l’action révolutionnaire.

Dans son discours anti-autoritaire, une autre ressource est employée par Benedetti pour révéler la voix d’autrui : il s’agit de la forme rhétorique de l’ironie. Il dénonce l’hypocrisie et l’absence de solidarité (Alemani, ibid,: 38-39) mais il le fait en reprenant exactement le discours des systèmes autoritaires. C’est ainsi que l’on perçoit, à nouveau, la voix des oppresseurs, mais, dans un contexte d’énonciation différent, celui du discours contestataire. Quand Benedetti reprend les mots du discours du gouvernent autoritaire, il annule leur pouvoir de convaincre le récepteur passif.

Benedetti essaie de mettre en évidence la contradiction entre le discours autoritaire et la réalité. L’ironie, dont Benedetti se sert, est proposée comme un outil permettant de décoder ce discours autoritaire. La tâche du récepteur consiste en la déconstruction des énoncés : il doit comprendre le contraire du message proposé par l’énonciateur du discours des systèmes autoritaires. Il s’agit d’une stratégie d’ironie dévalorisante ( Chareaudeau, 1992 : 86 ) : le récepteur devrait substituer l’énoncé du discours autoritaire, qui, peut-être, a une valeur positive, par un énoncé contraire à valeur négative. L’exemple # 3, extrait du poème « Cielo del 69 », illustre notre commentaire:

3. « Cuando hacen fuego me dicen
que están contra la violencia
me dicen cuando dan muerte
que sientan jurisprudencia »

On peut retrouver aussi une autre forme d’ironie où l’énonciateur se sert des connaissances partagées par lui et son récepteur. Il cherche à établir une relation de complicité avec certains récepteurs ( ceux qui partagent son avis et qui ne sont pas passifs ) pour atteindre un de ses buts : la moquerie. C’est le cas de l’exemple # 4, extrait du poème « Hombre preso que mira a su hijo » :

4. « Cuando era como vos me enseñaron los viejos
y también las maestras bondadosas y miopes
que libertad o muerte era una redundancia
a quien se le ocurría en un país
donde los presidentes andaban sin capangas »

Benedetti et le signe linguistique arbitraire
No me gaste las palabras
no cambie el significado
mire que lo que yo quiero
lo tengo bastante claro

Ces vers sont extraits du poème « Las palabras » de Benedetti ; ici, le poète parle explicitement d’une des stratégies du discours politique. Il s’agit d’une tactique qui utilise le caractère arbitraire du signe linguistique : ce dernier est l’association d’un signifiant à un signifié ou concept, il est le produit d’une convention établie par une collectivité. Donc, dans le discours politique, on retrouve des stratégies de camouflage (écriture palimpsestique) qui consistent à faire allusion à une certaine réalité en utilisant des signifiants, qui ne suivent pas les conventions établies par les linguistes, et qui atténuent la valeur négative d’un signifié, voire la gravité d’une réalité. Cette stratégie sert à mitiger des erreurs, des actions négatives. Elle peut être aussi considérée comme une tactique de persuasion pour maintenir le contrôle, le pouvoir.

Dans les poèmes de Benedetti, on retrouve l’arbitraire sémantique du discours des systèmes autoritaires, il le reprend dans le but de produire un effet miroir : Espejo deformante. Il utilise cette tactique pour donner un sens ironique : Benedetti reproduit une image esperpentique, déformée par l’ironie elle-même, et c’est l’image déformée :
  • qui montrera aux récepteurs ce que le discours des systèmes autoritaires cherche à cacher,
  • qui annulera l’arbitraire sémantique du discours des systèmes autoritaires en réattribuant tacitement aux signifiants, les signifiés des conventions linguistiques
  • qui pourra empêcher le récepteur de tomber dans le piêge de la persuasion.

Les exemples suivants, extraits du poème « Oda a la pacificación », illustrent cette stratégie de reprise de l’arbitraire sémantique du discours des systèmes autoritaires. On y retrouve l’emploi du terme Pacificador , euphémisme employé dans le discours des systèmes autoritaires pour se référer aux forces d’oppression. Benedetti reprend le terme avec l’intention de créer une composition ironique et ainsi, d’annuler la mitigation que l’on retrouve grâce à l’emploi de ce terme :

1. « No se hasta donde irán los pacificadores con su ruido metálico de paz (…)
cuando los pacificadores apuntan por supuesto tiran a pacificar
y a veces pacifican dos pájaros de un tiro
es claro que siempre hay algún necio que se niega a ser pacificado por la espalda »

Au long de ce poème, Benedetti a recours à ce terme caractéristique du discours autoritaire, il l’épuise à travers l’ironie, il va jusqu’à restituer tacitement le signifié, et dans la dernière strophe de ce poème, il se permet de faire la restitution explicite de ce signifié, cette stratégie nettoie le concept de signifiés équivoques ( Torrego, ibid.: 113) :

2. « Que quien pacifique a los pacificadores un buen pacificador será »

Tant le discours des systèmes autoritaires que le discours anti-autoritaire sont des discours politiques. Les deux cherchent l’adhésion à un projet, les deux mitigent ou mettent en relief dans leur discours ce qui est de leur intérêt, et par conséquent les stratégies discursives peuvent être semblables. On remarque chez Benedetti qu’il est aussi capable d’aller au-delà des conventions du signe linguistique pour transmettre son message, ses intentions. En faisant une rupture entre signifiant et signifié, Benedetti peut se permettre d’attribuer de valeurs, des connotations négatives à des termes qui, selon les conventions, ont une valeur positive. Par exemple :

3. « no me sirve tan mansa / la esperanza » (Poème : « Me sirve y no me sirve »)

Dans ces vers, le terme esperanza, renvoie à une notion de passivité, à une attente qui ne contribue pas aux changements revendiqués dans le discours anti-autoritaire. Dans son oeuvre, Benedetti incite à un changement d’attitudes, celles qui, vues en filigrane, relèvent d’une position de conformité, parfois d’exhibitionnisme de la part de certains soit-disant révolutionnaires. Par exemple, il associe la rabia, les manifestations de ces individus à de l’exhibitionnisme :

« no me sirve tan sabia
tanta rabia
(...)
no me sirve tan bueno
tanto trueno »

Dans ces vers, l’arbitraire sémantique des termes rabia et trueno, consiste à vider de sens ces signifiants puis à les associer à la notion de passivité déguisée, voire cachée ou d’un conformisme tacite. En effet, dans le poème « Me sirve y no me sirve », l’écrivain critique cette attitude que l’on pourrait, par exemple, attribuer à certains intellectuels soit-disant révolutionnaires.

4. Conclusions

El canto es un pájaro inquieto, libre, a veces violento. Puede aprisionársele o herírsele, pero nadie puede detener el canto de todos ellos. Es que no se trata de canciones de protesta, vean ustedes; se trata de pájaros que vuelan cercan, miran, comentan y anuncian la liberación. Viglietti

Le discours des systèmes autoritaires n’offre qu’une seule vision du monde, il procède, dans ses diverses stratégies, à une pénétration culturelle et idéologique, il cherche à faire valider sa réalité par une majorité silencieuse. Face à cette voix unique, Mario Benedetti, par son oeuvre, essaie de montrer qu’il existe d’autres voix et par conséquent d’autres mondes possibles. Ses chansons sont de protesta (chanson engagée) mais elles sont aussi de propuesta (de projet). Benedetti dénonce la réalité qu’il cherche à déconstruire et propose aux récepteurs d’abandonner la passivité et de prendre part à la lutte pour la liberté.

Notre travail se concentre sur la formulation d’hypothèses à propos des stratégies discursives employées par Mario Benedetti qui cherche à faire la révolution par le biais de la langue. Notre corpus, constitué de poèmes chantés ou bien écrits à cette intention, nous a permis de formuler les quatre propositions suivantes7 que nous vous invitons à infirmer dans des recherches futures:

Hypothèse 1 : Benedetti construit parfois le discours anti-autoritaire à la première personne du singulier. Un « Je », qu’il amplifie aussi en un « Nous » collectif, communautaire. Lorsqu’il s’agit d’assumer la force illocutionnaire des énoncés, d’une part, il s’oppose, dénonce, donne des ordres, assume toutes les responsabilités de son énonciation en « Je individuel » et d’autre part, ce « Je» devient semblable à un « nous » quand l’énonciateur se révèle être un porte-parole du peuple ; en effet, il laisse voir que l’engagement, l’exigence et la lutte proviennent du sentiment collectif.

Hypothèse 2 : Benedetti s’adresse aux oppresseurs en utilisant parfois un vouvoiement singulier, dont l’usage ne s’associe pas exclusivement à la politesse. Cet « Usted » peut correspondre à un procédé d’agression par lequel, Benedetti, crée une distance et produit un effet méprisant.

Hypothèse 3 : Benedetti se sert des ressources qui rendent son discours hétérogène. L’emploi des proverbes, des paraphrases, des citations, des guillemets, des interférences diastratiques, etc., laissent intervenir d’autres voix –les voix du peuple- qui participent à la disqualification, la ridiculisation, le défi, l’opposition. Il se permet également de réutiliser le discours du pouvoir pour le vaincre, le démasquer en mettant en évidence ses contradictions.

Hypothèse 4 : Benedetti se permet de dépouiller les mots de leur sens ( à un signifiant, il associe à un autre signifié) pour construire la position anti-autoritaire.

Dans ce travail, nous avons testé les hypothèses 3 et 4. Le choix a été aléatoire car nous cherchions à les vérifier. En ce qui concerne l’hypothèse #3, Benedetti utilise, en effet, des proverbes, des dictons populaires pour faire intervenir d’autres voix, celles de la collectivité. Nous avons constaté dans ce premier essai d’analyse qu’il altère les locutions fixes en suivant deux procédés : la paraphrase et l’antonymie. Il transforme les locutions par ces procédés en faisant des jeux de mots et de sens, pour présenter la possibilité de construire une nouvelle réalité sociale, de susciter un changement au niveau social, politique. De même, il se sert des dictons populaires pour diffuser son idéologie dans le langage du peuple.

L’hétérogénéité se manifeste aussi dans l’emploi de la figure rhétorique de l’ironie. Benedetti réutilise les énoncés du discours autoritaire mais dans le contexte du discours contestataire et il annule leur efficacité à travers la moquerie.

A travers l’hypothèse # 4, nous avons remarqué que Benedetti reprend l’arbitraire sémantique du discours des systèmes autoritaires pour démasquer « la réalité » qu’il essaie de camoufler, et pour produire un effet de miroir déformant « Espejo deformante » : la reproduction d’une image déformée par le reflet de l’ironie.

Benedetti a aussi recours à l’arbitraire sémantique comme procédé discursif. Il donne des connotations négatives à des termes que, dans un dictionnaire, l’on retrouve définis avec des signifiés positifs. Il vide de sens des termes pour révéler un certain conformisme tacite qui est caché derrière les signifiés établis dans les conventions linguistiques. Ainsi cette stratégie confirme les propos du linguiste Charaudeau (1992 :11)

«  Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les mots d’une langue ne sont pas autant d’étiquettes posées sur les objets du monde comme sur une bouteille. Les mots d’une langue sont le résultat de l’activité du langage exercée par l’homme qui consiste, dans une situation donnée et avec une intention de communication donnée, à créer, dans le même instant, une notion et une forme linguistique pour rendre compte des phénomènes du monde. »

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Références pour citer cette article:
Atencio Karina, Alburquerque Luis, « Stratégies du discours anti-autoritaire dans les chansons de Benedetti : Un discours de l’autre cote du miroir », Le discours autoritaire en Amérique Latine de 1970 à nos jours. Presses Universitaire de Rennes, 2007 pp 121-133.



1El « batelismo » separó la Iglesia y el Estado, legalizó el divorcio ( más adelante lo haría también, parcialmente, con el aborto) entre 1933 y 1935, y en 1934 aprobó el voto de las mujeres. También ensayó un sistema de gobierno colegiado y llevó adelante una escolarización masiva y laica, incluida la universidad, que aún hoy sigue siendo gratuita. Así mismo hizo aprobar incitativas sociales avanzadas para su tiempo [...]. Esto más el crecimiento urbano de Montevideo y del sector de servicios, y la implantación de un poderoso y hábil sector exportador, le valió a Uruguay la denominación de « Suiza de América » (Paoletti, 1995: 75)


2 Le coup d’état mené par ces mêmes forces armées

3 « En este volumen se incluyen 60 textos […] que figuran en la programación de cuarenta intérpretes […]. Sé que, en distintos países, hay otros artistas que también cantan mis versos ; el hecho de que no aparezcan en este libro se debe tan solo a que no ha sido posible obtener datos completos. (Benedetti, 1989 : 7)

4 traduit par nos soins

5 La mise en fonctionnement de la langue par l’acte individuel d’utilisation ( Benveniste, 1970 : 12)


6 Les procédés discursifs consistent à utiliser ponctuellement ou systématiquement certaines catégories de la langue, ou les procédés d’autres modes d’organisation du discours pour, dans le cadre d’une argumentation, produire certains effets de persuasion. (Charaudeau, 1992 : 821 ),

7 L’ordre de numérotation de ces hypothèses est arbitraire.